Reprendre sa discothèque en main : de l'océan à la piscine de luxe

L'empowerment par la maîtrise des outils : toujours un succès

#3615MYLIFEINDUSTRIE MUSICALE

Jay Sunday

1/30/20265 min read

Ca me grattait depuis un moment.

J'ai entretenu ma discothèque jusqu'en 2015 environ : achats de CD et rip en MP3 pour pouvoir les écouter partout. Puis il y a eu le manque de place, et surtout l'arrivée de Spotify. Formidable, on peut avoir accès à toute la musique, et c'est légal, tout ça pour même pas le prix d'un CD par mois! A moi la discographie entière de tous les artistes!

Le fait est que cette abondance infinie a des travers. Je ne suis pas le seul à les avoir remarqués (pour du substrat sociologique lire "On ne dit pas tu écoutes de la merde" de Gilles Suchey). C'est peut-être un truc de génération de celui qui a découvert la musique via des albums, approvisionnés avec l'argent de poche en quantité limitée, poncés et chéris au casque sur la chaîne Hi-Fi. L'attachement à l'oeuvre et le fétichisme de l'objet. Et surtout la quantité de musique disponible à un instant T était finie : il fallait choisir parmi ce que j'avais sous la main. D'où une connaissance plus profonde, voire intime, d'un sous-ensemble réduit de musique à soi.

Je ne parle même pas de la dérive algorithmique de Spotify et autres, qui réduit la musique au rang de "mood" et d'arrière-plan stylisé, à grand renforts de faux artistes générés par IA qu'on ne pourra bientôt plus distinguer des musiciens en chair et en os. On est là sur quelque chose de l'ordre de la stabilité mentale procurée par le fait de maîtriser le périmètre de ce qu'on écoute, dans un monde où il faut bien le dire on n'a plus l'impression de maîtriser grand-chose.

Un problème mais quelle solution

C'est un post de Fabien Loison sur Mastodon qui a enclenché l'action. Lui aussi avait quitté Spotify pour son propre cloud musical. Allais-je pouvoir faire comme lui? La question initiale a été : comment repartir de ces 10000 MP3, déjà plutôt bien rangés et synchronisés sur un espace cloud (Kdrive pour ne pas le nommer) pour pouvoir à nouveau les écouter en ligne, mais avec une expérience utilisateur digne de ce nom? Avec en question subsidiaire la problématique de re-tagguer proprement tout ce catalogue, et de le compléter de tous les disques achetés depuis : je n'ai plus de lecteur CD sur mes ordinateurs maison, et faire du rip analogique de vinyles, non merci.

Aujourd'hui, ma configuration est un pont entre deux époques. Mon kDrive met des MP3 à disposition et mon smartphone android, via l'application Symfonium, devient le chef d'orchestre de ce patrimoine. Symfonium est un player musical pour Android, avec un feeling proche des apps de streaming musical qu'on connaît, l'algorithme en moins. Une petite connexion entre kDrive et Symfonium via le protocole WEBDAV a suffi pour que Symfonium puisse scanner l'intégralité de ma collection de MP3. Seul petit écueil, il fallait que le répertoire racine scanné soit sans espaces. On est peu de choses.

Je sais que même si c'est pas très compliqué à faire, cette manip et cette infrastructure sont à la portée de peu de personnes. L'effort de gérer sa bibliothèque, la synchroniser sur un cloud, faire ces branchements numériques entre plusieurs services : qui fait ça? Qui va y passer une journée alors que "sur Spotify y'a tout en un clic". C'est vrai. Mais c'est possible, et assez facilement en plus.

Le bénéfice n'est pas seulement technique. C'est un sentiment de reprise en main de ma destinée musicale. Quand je lance un morceau aujourd'hui, ce n'est pas parce qu'une interface me l'a suggéré. C'est parce qu'il fait partie de mon histoire, que je l'ai nettoyé, tagué, et rangé. Ma bibliothèque n'est plus un flux anonyme, c'est une collection vivante, et enfin à ma main.

Les vieilles boutiques tournent encore

Puis, il a fallu combler les manques. J’ai maintenant une collection d'une centaine de vinyles dont je voulais profiter en mobilité sans pour autant passer mes week-ends à faire du rip analogique. Je suis retourné sur Soulseek. Quel choc de voir que ce pilier des années 2000 respire encore ! C'est toujours moche, ça n'a pas changé d'interface depuis 20 ans, mais c'est encore une communauté de milliers de passionnés de musiques en tous genres. En quelques clics, j'ai retrouvé les versions numériques exactes de mes disques noirs, prêtes à rejoindre mon coffre-fort numérique.

Mais la règle était claire : ne télécharger que des disques dont je dispose d'une copie physique à la maison. De toutes façons, à l'époque des débuts des Napster et autres, la boulimie de téléchargement ("oh tiens toute la discographie de David Bowie, hop par ici") n'a eu aucun qu'un effet contraire à celui escompté : inondé de contenus, je ne les écoutais pas. Au mieux je les survolais.

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Symfonium (et ses alternatives) se basent sur les métadonnées des fichiers musicaux et pas sur leur nom ou le répertoire dans lequel ils sont rangés. Ca permet une navigation par artiste, par style, par année de sortie, par compositeur... Mais encore fallait-il repasser ces milliers de fichiers dans une moulinette automatique parce que j'allais pas y passer l'année non plus.

C'est là qu'entre en scène MusicBrainz Picard, ce scalpel numérique capable de redonner un nom et un visage (une pochette, une vraie) à chaque morceau. C’est un travail de patience mais les données dont dispose MusicBrainz sont presque impossible à prendre en défaut : on y trouve tout. Suffit donc de lui indiquer un répertoire, de lui dire d'analyser, et on regarde les fichiers passer du rouge au vert, on voit les albums se reconstruire et les métadonnées se remplir. On sauvegarde, et hop on voit ensuite apparaître dans Symfonium de belles pochettes et des données structurées. Formidable.

Aujourd'hui, ma configuration est un pont entre deux époques. Mon NAS maison stocke, mon kDrive synchronise dans le cloud, et mon Android, via l'application Symfonium, devient la fenêtre moderne vers ce patrimoine.

Reprise en main

Maintenant que c'est fait, le bénéfice n'est pas seulement technique ou éthique. C'est un sentiment de reprise en main de ma destinée musicale. Quand je lance un morceau aujourd'hui, ce n'est pas parce qu'une interface me l'a suggéré. C'est parce qu'il fait partie de mon histoire, que je l'ai nettoyé, tagué, et rangé.

Tant pis pour les radars des sorties, tant pis pour les suggestions algorithmiques parfois pertinentes qui vous font découvrir un obscur artiste inconnu de vous. De toutes façons je n'ai déjà pas le temps d'écouter toutes les sorties que je vois passer. Plus de FOMO.